Les chemins faits en marchant des personnes ont graduellement rassemblé, au long (moins au large parce qu'ils étaient plutôt étroits) de leurs parcours, des ouvrages par les voyageurs façonnés pour s'en servir à faire leurs voyages plus commodes. Ces chemins, impassiblement immobiles, parcourus incessamment par voyageurs, complaisantes, observateurs, sans mépris de la lourdeur ou la souplesse de leurs tracés, avec plaisir aux couleurs, aux odeurs, aux sons que les saisons diversifiaient ; supportant même, stoïquement, les inclémences que celles-là puissent apporter.
Ces anciens chemins qui ont subi du tapage de graviers, carrelages, bétonnages, goudronnages ; le passage de plus en plus lourd transport conduit par voyageurs indolents qui ne percevaient en eux que le gênant de leurs tracés, d'eux que les lignes peintes, continues, discontinues ; ces anciens chemins progressivement remplacés, abandonnés, par les nouvelles voies artificiels, sans vie, lesquelles blessent la nature sans pitié, sans rien leur importer qu'elles-mêmes. Chemins, abandonnés à la jouissance de voyageurs qui en profitent les jours ensoleillés pour y aller crier comme pies et verser leurs détritus impérissables ; à ces anciens chemins, il ne les reste beaucoup plus qu'aux derniers anciens voisins, anciens qui transportent juste leurs propres peaux.
Ces anciens chemins, anciens qui ne seront bientôt qu'une nouvelle blessure cicatrisée sur Terre.
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